Vous trouverez dans cette rubrique quelques extraits d’ouvrages, de tonalités différentes, illustrant la palette de styles qui s’ouvre à vous. Vous choisirez, ainsi, une personnalisation de votre récit entre romantisme et suspense, préférerez une inflexion nostalgique ou didactique, à moins que vous n’optiez pour une approche humoristique, poétique, dramatique, selon votre tempérament et la nature des faits décrits.
L’essentiel est que votre texte vous ressemble, que vous le ressentiez comme l’expression de votre état d’esprit.

Cunégonde
Chapitre 8 – Une Rencontre Décisive
… Peu de temps après, j’ai rencontré mon mari. Le premier contact fut difficile. Il venait d’emménager dans une maison juste derrière la nôtre, de l’autre côté des jardins. C’était en été 1952. J’écoutais sur mon phono, ancêtre des électrophones puis des chaînes modernes, Luis Mariano. « La Belle de Cadix » faisait alors fureur. Je cassais les oreilles de l’entourage avec cette rengaine, et en particulier les siennes. J’étais fan de cette musique, dont j’ai depuis acquis les cassettes, et peux ainsi me remémorer ma tendre jeunesse. L’Opérette est tout ce que j’avais en tête. Roger était venu réparer la serrure de notre grille, ce qui m’avait permis de l’observer de plus près. De mon côté, je ne le trouvais pas jojo avec ses pantalons de golf bouffants qui s’arrêtaient au mollet, suivant la mode de l’époque, et, à mes yeux, la comparaison avec le beau Robert n’était pas à son avantage. Son père, qui travaillait dans la police et qui, comme tel, possédait des passe-droits pour aller dans les cinémas des Champs Élysées sans faire la queue, s’enquit auprès de ma grand-mère de savoir si j’accepterais une invitation de son fils. Je pense que mon futur beau-père entendait ainsi lier connaissance avec ses nouveaux voisins. Une invitation au « Triomphe » sur les Champs ? Ça ne se refuse pas. C’est ainsi que nous fîmes vraiment connaissance.
Dans un premier temps, je considérais ces séances cinématographiques sans arrière-pensée, comme des sorties amicales. Nous n’allions pas qu’aux Champs Élysées, mais également à Clamart, en fonction de l’intérêt des films projetés. Sans être pesante, la pression exercée par Roger se faisait plus forte. Peu de mois après, il me « déclara sa flamme » pour employer l’expression de l’époque…

Humeurs d’un Cœur Nomade
Chapitre 4 – Destination « O Brasil »
… Sonia habite à Rio à l’hôtel avec son fils : Felipe. D’emblée, elle me propose de me payer le double du tarif fixé en accord avec l’agence. Je remarque qu’elle me fait beaucoup parler de mes déboires depuis mon arrivée sur le sol brésilien, mais je n’y prête pas une attention spéciale. Je dois dire que nous avons un bon contact – je lui plais, me dit-elle –, aussi, me demande-t-elle de garder le bébé dès le premier soir car elle doit sortir et ne sait pas à quelle heure elle rentrera. Elle me confie Felipe. Je le promène, m’occupe de lui mais ne vois pas réapparaître sa mère. Ne pouvant l’abandonner, je le couche, et rate un rendez-vous important que j’avais dans la perspective de trouver un emploi au Méridien.
Sonia rentre à minuit passé. Elle me raconte une histoire compliquée pour justifier son retard. Elle souhaite que je reste pour la nuit. Un lit est d’ailleurs à ma disposition. Son mari, soi-disant bras droit du Président, est censé dormir dans la chambre contiguë et a le pouvoir de m’obtenir un permis de travail. Comme elle m’est sympathique, je ne cherche pas à comprendre plus avant. J’accepte en pensant à mon permis. Elle ajoute qu’il partira le lendemain pour Brasilia et qu’il régularisera mon dossier.
Elle entreprend alors de me faire raconter ma vie et me pose des tas de questions sur ma famille et mes relations. Elle glisse, dans la conversation, que son mari aura besoin d’une signature de ma part pour effectuer ses démarches. Son français est approximatif, ce qui ne nous empêche pas de nous comprendre en parsemant nos propos de portugais et d’espagnol. Je me réveille à neuf heures du matin. Aussitôt, elle me dit être désolée mais qu’un empêchement fâcheux a retardé son mari dans son projet de se rendre à Brasilia. Elle doit faire des courses en ville. Puis-je rester ce matin avec son fils ? Son mari passera chercher mon courrier mais il lui faut mon passeport – que je viens de récupérer – pour ce faire. Je lui confie le document.
À son retour, elle m’annonce que le Consulat me recherche et qu’ils ont ordre de m’interroger lorsque je me présenterai personnellement. Je prends peur, surtout quand elle me dit que je suis soupçonnée d’être une trafiquante de drogue…

La Boxe
Introduction
La boxe, grand sport universel au même titre que l’athlétisme ou le football, se distingue essentiellement de ceux-ci en ce qu’elle est contestée. C’est qu’elle est dramatique. Elle engage l’homme et le sanctionne dans une émouvante figure : le K.O. Si certains y voient la plus bestiale atteinte à la dignité humaine, d’autres y trouvent une sensible expression esthétique. C’est dans ce dernier sens qu’on a pu parler de "noble art". Quoiqu’il en soit, le spectacle d’un homme mis hors de combat ne laisse personne indifférent. Le propre de la boxe est de provoquer en chacun de nous une intense émotion. Du dégoût le plus profond à la passion la plus dévorante, une large gamme de vifs sentiments soulève l’âme. Cela suffit à placer la boxe au-delà du domaine purement sportif. Mais elle se présente aussi comme un phénomène social. Née aristocratiquement dans l’Angleterre victorienne, elle s’est propagée dans le monde entier, partout reflet des sociétés lui donnant asile...

Le Crime des Vignes
Scénario
Séquence 49
La cour du Palais de Justice
Extérieur-Jour
La cour du Palais est balayée par le vent. De nombreux journalistes et cameramen battent le pavé. Un attroupement de badauds s’agglutine devant le palais, contenu par le service d’ordre.
Un fourgon cellulaire, encadré de motards, pénètre dans la cour. Les agents lui ouvrent le passage en écartant la foule.
Les photographes et cameramen se précipitent. Ils mitraillent de flashes le fourgon qui entre à vitesse réduite dans la cour. Il se dirige vers le portail latéral dans lequel il s’engouffre.
La foule gronde son hostilité. Des hommes échappent au service d’ordre, tambourinent sur la carrosserie du fourgon, crachent sur son passage.
LA FOULE (OFF)
À mort ! … Salaud ! … Assassin !
Mes Soixante Premières Années
Tome 1 Chapitre 6 – Marianne
… Enthousiaste, elle a trouvé un job dans une agence de presse proche de son domicile du boulevard Voltaire. Je le suis moins, n’en ayant jamais entendu parler.
– Passez me voir, vous me direz ce que vous en pensez.
L’entreprise est située dans le quartier du Marais, dans un immeuble dégradé. Nous ne sommes visiblement pas à l’Agence France Presse. Le dirigeant de l’officine est un personnage entre deux âges, petit moustachu à barbichette, dégarni, regard fureteur. Son bureau, d’où il téléphone sans discontinuer, est couvert d’un monceau de dossiers désordonnés, entassés en vrac. Une morne secrétaire tape à la machine l’air de n’attendre que l’heure de la sortie. Une vague odeur de renfermé flotte dans la pièce. Il m’accueille avec une onctuosité qui m’est désagréable et me propose un siège bancal au côté de Marianne. Il se lance dans un numéro d’homme d’affaires débordé qui ne sait où donner de la tête, tant il est sollicité par des personnalités désireuses de le voir diffuser un scoop. Il m’explique qu’il faut donner à l’interlocuteur l’impression qu’on le connaît de longue date et, si possible, le tutoyer, puis distille quelques noms connus dans le but d’illustrer son propos. Paternaliste et cauteleux. C’est tout à fait mon genre.
Marianne scrute ma réaction, deux points d’interrogation en place des yeux.
Mon avis est très négatif.
– Veillez à votre corde, chevrette, j’ai idée que le loup veut vous manger.
– Vous croyez, Monsieur Seguin ?
Elle fera amende honorable quelques jours plus tard.
– La chèvre s’est sauvée à temps. C’était un grand méchant loup.
C’est sur ce mode distancié que se déroulent nos conversations. Nous cultivons ainsi notre connivence. J’aime son sens de l’humour, sa vive intelligence, sa quête d’elle-même, son caractère décidé…